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« La vie, un bien commun »

Margarita Bofarull, religieuse du Sacré-Coeur de Jésus espagnole, nous livre ses réflexions sur la situation de Pandémie que nous vivons et ce à quoi nous sommes appelés.




Dans des situations exceptionnelles, comme celle provoquée par le Covid-19, il est important de s’occuper essentiellement de trois domaines : celui de la réponse immédiate aux besoins fondamentaux des personnes et des sociétés (la charité) ; celui de la réflexion avec une vision à moyen et long terme pour permettre des conditions de durabilité, de développement personnel et sociétale (l’espérance) ; et celui du sens (la foi).


Incertitude, souffrance, espoir, lutte, solidarité, réflexion, angoisse, enfermement, recherche, santé, communauté, spiritualité, force, voisins, gratitude, mort, contagion, courage, générosité, vie, environnement, vulnérabilité, société, rythme, famille, maison, hygiène, toucher, étreinte, mains, amitié... sont des mots que nous répétons beaucoup plus souvent ces jours-ci, et qui leur donnent peut-être un sens nouveau.


En temps de crise (un mot qui vient du grec krino, signifiant « séparer »), nous avons l’occasion de repenser, de valoriser et de nous occuper des relations fondamentales qui nous constituent : relation avec les autres, relation avec Dieu, relation avec la Création et relation avec nous-mêmes.


Nous n’aurions jamais imaginé vivre un moment comme celui-ci, mais nous y sommes. Nous avons cessé de vivre des situations, de profiter de choses que nous n’apprécions peut-être pas à leur juste valeur et que nous considérions comme allant de soi. Nous devons nous repositionner. Le Covid-19 nous déplace, nous fait repenser les modèles de soins. La pandémie a de nombreuses répercussions dans différents domaines : sanitaire, économique, social, spirituel, etc.


L’individualisme, si profondément enraciné dans nos sociétés actuelles, doit se rendre à l’évidence que la vie est un bien commun. Nous ne pouvons pas nous repenser seuls, nous sommes tous responsables de la vie de chacun. La vie est un bien personnel, mais aussi un bien commun. Dieu nous a créés comme des frères et soeurs. Ce que je vis a un impact sur la vie des autres. Ce n’est pas seulement « ma vie », c’est la vie de chacun d’entre nous.


Cette réalité est évidente aujourd’hui. Nous ne pouvons pas ignorer nos frères et soeurs. Nous ne pouvons pas vivre comme des étrangers. Nous ne pouvons pas tourner le dos aux souffrances que la pandémie provoque chez tant de personnes. Nous ne pouvons pas ignorer, par exemple, son impact sur la santé psychique de la population. Nous ne partageons pas seulement une maison commune, nous sommes les enfants d’un même père. Nous devrons être attentifs à la prise en charge de nombreuses personnes qui seront plus tard victimes de stress post-traumatique.

 


La grande question éthique que nous trouvons déjà dans le livre de la Genèse, « Où est ton frère ? (Gn 4, 9), résonne aujourd’hui plus fortement que jamais, nous invitant à revenir à la réalité la plus profonde et espérante de notre vie : nous sommes frères et sœurs, créés pour prendre soin les uns des autres, pour aimer.


Le Covid-19 « a forcé » notre humanité. Elle nous oblige à faire ressortir le meilleur de nous-mêmes, au niveau des soins et de la recherche, au niveau social et relationnel. Il est temps de travailler pour une société plus juste, beaucoup plus conforme au Royaume de Dieu. C’est un moment d’espérance car nous savons que le mal n’a pas le dernier mot. C’est un temps de solidarité, de prière, de consolation et d’aide, de soutien, de contemplation, de recherche et de construction, de retour au meilleur de notre humanité, car nous avons été créés à l’image et à la ressemblance de Dieu.


MARGARITA BOFARULL
Déléguée à la Foi et à la Pastorale de l’Archevêché de Barcelone
Présidente de l’Institut de bioéthique de Borja


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