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lettres de Thérèse
pour un an à Ayutla au Mexique

Thérèse Martin est belge et elle a 23 ans. Après des études d'infirmière et une année de travail elle est partie pour un an à Ayutla au Mexique.Thérèse a passé trois années à la communauté des Potiers, créant et soutenant le salon de l'amitié. Elle a plein d'amis, fait souvent beaucoup de choses à la fois et connait tous les groupes chrétiens où souvent elle s'investit...

Après six mois de vie avec la communauté du Sacré-Coeur d'Ayutla, elle écrit à ses amis. Voici quelques extraits :

"La vie est toujours aussi belle et je continue à m'épanouir dans la découverte de ce beau pays qu'est le Mexique. Ceci dit ce n'est pas toujours rose...Hier, revenant du bureau où l'on travaille sur une rencontre de pastorales indigènes qui va avoir lieu fin de ce mois, en saluant la voisine et prenant des nouvelles, elle m'annonce la mort de Zacaria, un voisin d'en face. Dimanche passé ils l'ont trouvé dans notre patio. On a cru qu'il dormait d'avoir un peu trop tiré sur la bouteille...ce n'est qu'en fin d'après midi qu'ils ont essayé de le réveiller. Ses jambes ne répondaient plus à son cerveau et son épaule était fracturée...Ils l'ont emmené à l'hôpital, où il n'y a aucun appareil qui permet de faire des études approfondies. Ils l'ont transféré à l'hôpital d'Acapulco mais la tomographie était bien trop chère pour eux...Il s'est éteint quelques jours plus tard...

Je vous raconte ce qui vient de se passer parce que c'est bien significatif de la réalité quotidienne dans laquelle on vit. J'ai beaucoup de mal de voir combien d'hommes abimés par l'alcool, abiment aussi une ambiance familiale où les coups restent la seule communication entre l'homme et la femme, entre la femme et l'enfant...J'ai du mal à voir tant de femmes qui vivent seules. Leurs maris partis au Nord cherchent une vie plus digne pour eux et les leurs. Les premiers mois de l'année on reçoit encore de l'argent, et parfois après un temps plus rien...et plus de nouvelles. Mais je les admire aussi ces femmes, elles sont bien fortes et portent leurs familles, se battent et s'entraident comme elles peuvent.

J'ai du mal à voir un pays qui possède les richesses nécessaires à faire vivre tous ses habitants, mais où reste toujours un fossé entre quelques riches et des millions de pauvres, à l'image du Nord-Sud. Je refuse toutes les injustices et les saloperies qui se passent encore tous les jours avec les communautés indigènes...

J'ai du mal de voir l'éducation si pauvre offerte dans les écoles, qui ne permet pas aux gens de prendre position et de défendre leurs droits. J'ai du mal à vois les différentes langues indigènes qui se perdent peu à peu parce que les parents ne veulent pas que leurs enfants souffrent de discrimination comme eux-mêmes ont souffert parce qu'ils ne savaient pas bien parler l'espagnol.

J'ai beaucoup de mal mais j'ai l'Espoir d'un changement petit à petit, de plus de justice surtout. Je crois en ces petites choses qui sont à portée de main, à portée du peuple. Et puis la force des gens me porte, leur envie de Vivre, et leur Foi. Dieu est là partout, tout le temps...et on le fait vivre,on le remercie, on en parle.

Alors voilà je vous envoie encore beaucoup de chaleur et d'envie de vivre chaque jour encore plus intensément, de remercier pour ce qui est donné. Je vous souhaite d'être proches des vôtres, de ne rien laisser passer, d'aller toujours plus à l'Esentiel et de vous laisser porter par la Vie. Et puis de lutter pour elle ù que vous soyez, de vous bouger en rejettant l'indifférence, l'individualisme et en accompagnant la souffrance que peut vivre mon voisin." Thérèse

Le 26 mars: quelques nouvelles de Thérèse.

On vient de redescendre de la montagne où on a vécu la semaine sainte...Une des choses les plus importantes est de pouvoir visiter les gens dans leurs maisons où ils ne se fatiguent jamais de nous accueillir simplement avec ce qu'ils ont. Parfois la visite se fait en silence du fait qu'on ne parle pas le tlapaneco...On apprend petit à petit quelques mots, au fil des jours...C'est une approche encore tout autre là haut, de pouvoir essayer de les comprendre, de pouvoir accepter qu'ils ne disent pas toujours ce qu'ils pensent. La communication doit être encore plus fine, passant par d'autres modes que le parler. Le travail doit être plus créatif, en imaginant d'autres modes d'expressions...

Les demandes nombreuses de médicaments pour diverses maladies et les états chroniques de certains d'entre eux par faute de soins m'ont encore une fois motivée à approfondir ce que l'on est en train d'apprendre au cours de médecine alternative que l'on suit chaque mois. On apprend à faire n diagnostic de base à l'aide de moyens simples, qui nous permet de proposer des remèdes à l'aide des plantes que l'on rencontre dans les environs. C'est vraiment intéressant et cela ouvre beaucoup plus le champ de vision de ce que peut être la maladie ou de comment la soigner. Je me rends compte qu'on est quand même vachement conditionné chez nous par une seule forme de médecine. Pourquoi ne pas s'ouvrir à d'autres possibilités...

Ainsi vous avez un peu un panorama de ce que je vis pour le moment. Toujours bien heureuse d'être là, même si je suis dans une étape un peu plus difficile...ça doit être la crise des 6 mois...Je pense bien à vous. Je vous envoie toute la simplicité, la pauvreté, la générosité de ces populations indigènes...Que nous puissions toujours nous diriger vers l'Essentiel! Et que la lumière de ce temps vous illumine, vous donne la force et vous mène toujours plus vers le Beau et le Vrai.. Hasta luegito Teresita

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