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Témoignages
Témoignages de Claire, Michèle et Vincenette
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Claire Castaing

Alors que j'étais en communauté à Poitiers et à l'exercice des fonctions de juge des enfants, j'ai été appelée à connaître et à accompagner des parcours d'enfants, d'adolescents et de parents, marqués par la souffrance et l'exclusion. Le cadre de la loi qui nous est extérieure et commune, de « l'inter-dit » permet de donner ou de redonner la parole et le temps à la personne, de l'autoriser à devenir acteur de sa vie, à trouver ou à retrouver sa place en relation avec ses proches et son environnement. Avoir été, être moi-même reconnue, aimée, sauvée, faire la découverte jamais achevée de l'amour inconditionnel de Dieu m'a poussée à porter un regard qui reconnaît, aime et m'invite à apprendre de celles et de ceux auprès desquels j'ai été envoyée.

Michèle Nard est économe provinciale en France.

Dans son travail, elle est sensible et attentive à cette dimension de la justice :

Je découvre qu'il m'est donné d'entrer un peu dans le dilemme « prévoyance - providence ».
Dans ces deux mots, il y a le verbe « voir » :
Pré-voyance = voir d'avance
Pro-vidence = voir pour

Si je vois assez bien ce qu'est « prévoir », la « Providence » est en général un des attributs de Dieu ; c'est Dieu qui pourvoit. C'est donc pour moi, voir l'autre avec le regard de Dieu. Mais la Providence ne tombe pas du ciel ! oui, j'ai envie de dire qu'en tant qu'économe provinciale, j'ai à être « la prévoyance » pour mes soeurs, pour la province et la « Providence », et j'ai besoin de ces deux regards qui se complètent car il s'agit de voir pour l'autre en s'appuyant sur des données réelles comme le budget, une comptabilité à jour...Il y a un rôle de mémoire mais c'est aussi un défi à relever jour après jour car il s'agit pour moi d'être prudente sans peur, prophète sans être utopique.

Parler du lien entre ma mission, en tant qu'économe provinciale, et la pratique de la justice est bien souvent un constat d'impuissance. Pourtant dans ma pratique depuis quatre ans, il me semble discerner plusieurs étapes que je traverse avec plus ou moins d'harmonie.
- tenir dans la durée, croire, espérer, prendre du temps
- observer, prendre le temps de repérer cette situation d'injustice, de la reconnaître et de l'accueillir comme telle.
- Entrer en dialogue, dans le respect, chercher à comprendre et expliciter de façon à révéler la situation injuste, parfois dénoncer... toujours persévérer, être vigilante.

J'ai à traverser des conflits et à me sentir responsable de ne pas baisser les bras, de ne pas laisser perdurer une situation. J'ai à élargir car souvent une situation d'injustice provoque de l'enfermement. J'ai aussi à m'engager, à soutenir des actions très concrètes de solidarité.

Vincenette d'Uzer

Personnellement, durant de nombreuses années d'enseignement, j'ai toujours cru qu'il ne s'agissait pas simplement pour nous rscj (Religieuses du Sacré Coeur de Jésus) simplement d'enseigner, mais de créer, de développer, au maximum, la personnalité de l'élève ou de l'étudiant, de l'ouvrir au monde, aux autres, à sa responsabilité, à son devoir de s'engager dans le combat pour l'égalité et la justice sociale.

Pour moi, c'est cela l'essentiel, être au service des jeunes pour leur apprendre à donner, dans l'amour, le meilleur d'eux mêmes. Si je suis encore aujourd'hui, tuteur de jeunes prêtres asiatiques, en cours d'étude, ici à la fac catho, c'est pour cette promotion de la justice, on la leur doit et ils en sont les promoteurs dans leurs divers pays.